Appuyé sur un réseau fournisseur de 60 concessionnaires répartis dans 14 pays dEurope, Delta veut fournir aux professionnels de lautomobile des véhicules par le biais de mandats. Ces modèles seront proposés au prix de gros auquel ils sont facturés aux membres des réseaux officiels. Une telle performance nest possible que grâce à un puissant outil informatique et à une plateforme multilingue permettant de bien faire correspondre loffre et la demande.
Dabord testé avec succès en Suisse (lire lencadré), ce système est à présent appliqué en France. Le grossiste mandataire, qui avait dabord envisagé de sous-traiter lapproche commerciale à des agents Delta, opérera directement (auprès des professionnels) afin de tester le marché français. Il se donne six mois avant de prendre une décision quant à son futur mode de fonctionnement.
Invité de lémission « Face à la presse » du magazine audio Auto K7, Michael Khoï, vice-président de Delta, a expliqué la démarche audacieuse, voire révolutionnaire, ce [
sic] cet étonnant outsider de lautomobile.
Morceaux choisis.
Vous deviez démarrer en France au début de lannée. Quen est-il ?
MICHAEL KHOÏ. Nous avons commencé le 3 janvier. Les professionnels peuvent nous faire des demandes. Nous travaillons en direct (NDLR : sans agents Delta). Nous avons décidé de ne pas lancer de communication agressive pour séduire de nouveaux clients. Nous ne prenons que ceux qui viennent suite au bouche à oreille ou à des articles.
En novembre et en décembre, nous avions déjà reçu 800 demandes de professionnels. Nous nous apercevons quen France les marges sont relativement plus faibles quen Suisse, et que les garagistes cherchent une source dapprovisionnement.
Nous attaquerons ensuite le marché allemand en février, et la Belgique au second trimestre. Dans chaque pays, nous étudierons le marché durant trois mois avant de nous lancer de manière plus agressive.
A quel prix proposez-vous les véhicules aux professionnels, et quelles sont vos marges ?
Notre but est doffrir aux garagistes le prix quaurait obtenu un concessionnaire officiel de son importateur (NDLR : ou constructeur). Je ne parle pas des remises de déstockage. Notre marge oscille entre 3 % et 5 %, qui sajoute au prix dachat chez le concessionnaire vendeur et aux frais de transport.
Cela suppose quau départ les écarts de tarifs officiels soient dau moins 20 %. Est-ce une situation fréquente pour les modèles les plus vendus en France ?
Vous navez pas besoin décarts aussi importants pour arriver à ces prix-là. Les concessionnaires (fournisseurs) ont deux objectifs : le premier est de faire du chiffre daffaires, le second est datteindre un objectif annuel, éventuellement sans marge. Si un concessionnaire a 11 % en marge faciale, il est prêt à proposer 11 % de remise par rapport au tarif officiel.
Les écarts de prix devraient se réduire entre les pays dEurope. Est-ce que vous narrivez pas dix ans trop tard ?
Il y a dix ans, nous naurions pas pu le faire, tout simplement parce que la nouvelle réglementation nétait pas là. Les fournisseurs nauraient pas pu nous vendre*. Les facteurs qui expliquent les écarts de prix vont perdurer : la TVA et les droits daccises. Certes, lobjectif de Bruxelles est de parvenir à une harmonisation
« Nous sommes rentable à partir de 5 000 ventes annuelles »
Seconde raison : les pouvoirs dachat varient. Les batailles des constructeurs pour rester sur ces marchés (NDLR : à faible pouvoir dachat) vont continuer. Pour conserver ses parts de marché, un constructeur va devoir faire des efforts sur le prix.
Avez-vous prévu de travailler avec dautres mandataires ?
Nous ne travaillerons pas avec un mandataire qui naurait pas de point de réparation. Le véhicule livré doit être préparé, cela demande parfois du nettoyage, certains paramétrages. Un mandataire qui na pas les structures pour le faire ne pourra pas proposer un service correct.
Ne serez-vous pas tenté de vous adresser directement au consommateur ?
Nous nentendons pas le faire. Il est plus facile pour nous de passer par des professionnels, qui constituent une clientèle récurrente (avec des marges de 3 % à 5 %), que de passer par des clients finaux, qui demandent dautres services.
Vous allez investir 10 millions deuros. Combien vous faudra-t-il vendre de véhicules pour retrouver votre mise ? Et quand ?
Il faut tenir compte des investissements lourds qui seront amortis sur plusieurs années, et des salaires et des coûts qui vont avec. A partir de 5 000 ventes par an, nous sommes rentable. Si lon ne prend pas en compte lamortissement des investissements techniques, nous sommes déjà rentable en Suisse.
Votre modèle économique peut-il évoluer en intégrant les véhicules doccasion ?
Je ne sais pas si, dans deux ou trois ans, on ne vendra pas doccasions. En revanche, ce que je peux vous dire aujourdhui, cest que vous pouvez facilement industrialiser la vente de véhicules neufs. Un modèle neuf, normalement, est parfait. Pour le véhicule doccasion, il faut identifier son état et son kilométrage. Lindustrialisation est donc plus difficile. Or, ce qui nous intéresse aujourdhui, cest de nous occuper dun marché « industrialisable » : pouvoir vendre 10 000, 20000 ou 40 000 modèles avec seulement vingt personnes, et que tout soit automatisé.
Propos recueillis lors du « Face à la presse » dAuto K7
(*) Le règlement de 2002 permet au concessionnaire dintégrer les véhicules quil vend par mandats à létranger dans le volume à atteindre pour décrocher sa prime dobjectif. Sil utilise cette possibilité, le concessionnaire « importateur de ces véhicules » ne pourra pas les compter dans son quota.